On lit chez Arnaud Kancel :
« Avant d’être une pratique, le yoga est un état. »1
Que signifie cette affirmation dans notre expérience de la pratique ?
Effectivement, le yoga est une disposition de l’esprit, à partir de laquelle je me mets en condition de SAVOIR.
L’attention continue (vinyasa), à laquelle invite la pratique, affine la sensation de soi au fil des répétitions.
Cela implique une écoute intérieure vigilante qui autorise la remise en question des présupposés les plus simples sur lesquels reposent mes croyances, dans le mouvement comme dans la pensée.
L’idée selon laquelle le yoga est un état, nécessite de se placer en condition d’écoute et d’ouverture pour accepter de déconstruire ce qui n’a plus lieu d’être.
Le passage entre l’état du vécu automatique du quotidien ( nidrâ ) et celui de la réflexion consciente est perceptible.
Concrètement, si je me mets à réfléchir sérieusement, à me concentrer, quelque chose en moi se retourne, se rassemble, se canalise.

La posture, en tant que forme avec le corps, est un support pour m’exercer à cet état de connaissance. Il pourrait être autre.
L’expérience démontre que le degré d’amplitude du mouvement n’est pas une condition pour atteindre cet état.
Toutefois, l’expérience d’une certaine forme d’intensité dans la rencontre avec soi-même est nécessaire.
Autrement dit :
Que je fléchisse mes hanches de quelques centimètres ou que je touche les pieds avec ma tête, la direction reste la même.
En cela, l’expérience est valable et intense si la posture de mon esprit, mon intention est celle de la connaissance.
L’expérience de la mobilité sera cohérente avec la réalité anatomique qui est la mienne à partir du moment où je l’expérimente pour ce qu’elle est, au prix d’un certain effort de discernement et de concentration.
S’intéresser au sens de la posture (asana). Comment elle est nommée ? À quel mythe, quel personnage, quel concept renvoie-t-elle dans les textes traditionnels ? et comment cela résonne-t-il (raisonne) sensiblement et intellectuellement ?
Sans cette démarche consciente, la posture se réduit à un simple exercice physique.
La méthode contient déjà de nombreux indices pour celui qui prend le temps de l’explorer : le nom des postures, le sens des mots, le déroulement du rituel…Le cheminement est un va et vient permanent qui relie le concept à l’expérience dans une véritable en-quête.
Cette recherche de vérité intérieure est essentielle pour comprendre les mécanismes qui animent notre esprit.

On retrouve cet archétype de la quête du Soi illustré dans de nombreux contes mythologiques et spirituels. Dans ces histoires, seuls les héros aux coeurs purs et valeureux aboutissent.
Seuls, tournés vers la Vérité quoi qu’il en coute, ils accomplissent leur destin envers et contre tous. Tel est le roi Arthur et sa quête du Saint Graal, Arjuna dans la Bhagavad Gita et tant d’autres personnages par-delà les traditions.
Ces personnages issus de la tradition symbolisent ma propre quête intérieure. Ma soif de comprendre. Mon profond besoin de liberté et d’autonomie.
L’association quasi systématique du yoga avec des activités de bien être ou de détente affaiblit considérablement la portée de celui-ci.
Les textes traditionnels n’évoquent jamais le bien être, le confort ou le développement personnel.
La spiritualité parle de notre esprit, de son fonctionnement, de liberté fondamentale, de nature profonde.
La pratique est intense et exigeante pour délivrer le sens des symboles et révolutionner durablement mon intérieur et mon rapport au monde.
Quelle est mon intention lorsque je pratique le yoga ?
Suis-je assez vaillant pour faire face à cette interrogation ?
Clarifier son intention est indispensable afin que les pratiques, prennent sens et profondeur.
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Source : Les yoga sutras de Patanjali Décryptés, Arnaud Kancel, Lysagora, 2018, p.41.



